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Entretien avec Hervé Léon, président du C.G.O.S.

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2020 est une année charnière pour le C.G.O.S qui fête ses 60 ans d’existence. Hervé Léon qui préside aux destinées du C.G.O.S depuis le printemps 2018 nous livre ses réflexions sur son évolution pour les 5 à 10 ans à venir.

Le C.G.O.S qui fête ses 60 ans d’existence fonctionnera-t-il demain sur les principes qui ont prévalu à sa création, notamment celui de la  mutualisation des moyens ?

Dans l’ADN du C.G.O.S, la mutualisation a une part importante. Cela veut dire  qu’au travers d’un budget unique, les contributions reçues sont redistribuées à destination des agents de tous les établissements adhérant en fonction du besoin et pas nécessairement à la hauteur de la contribution initiale. Et c’est ce que nous « envient » d’ailleurs les autres fonctions publiques. Nous sommes certes en position de monopole, et de fait fédérons l’ensemble des établissements autour de mêmes valeurs et principes  avec un volume de contributions qui nous permet de servir de façon égale aussi bien un agent d’un gros CHU que celui d’un EHPAD de 80 lits.
La mutualisation qui est le socle de la solidarité inter-établissements ne doit pas être remise en cause. C‘est un principe sur lequel on ne reviendra pas.

Dans une logique de concurrence qui commence à montrer son nez, considérez-vous que les valeurs de paritarisme et de mutualisation sont des atouts ou plutôt des freins ?

Jusqu’à maintenant cela a montré que ça fonctionnait. Il ne faudrait surtout pas passer d’un système tout mutualisé à un système anarchique ou un établissement qui a les moyens pourrait avoir une action sociale forte et celui qui n’en a pas aurait peu ou pas d’action sociale. Ce n’est pas pensable et ce n’est pas ce que demandent les hospitaliers !

Le paritarisme, quant à lui, ne doit pas être un blocage. Force est de constater qu’au C.G.O.S ça marche plutôt bien en région comme au plan national. Parfois il faut du temps pour prendre une position car il faut expliquer, détailler les choses, faire des  simulations pour démontrer, convaincre... Une décision respectant le paritarisme est plus longue à prendre qu’une décision autoritaire ou unilatérale. Le côté positif de ce temps nécessaire est que lorsque la décision est prise, elle est acceptée et supportée par tout le monde. La décision finale est plus juste car plus travaillée dans le détail.

Le vrai sujet en fait c’est la redéfinition de l’action sociale, un sujet qui n’avance pas beaucoup au niveau des Pouvoirs publics. L’arrivée de nouveaux opérateurs ou concurrents ne doit pas nous effrayer à la condition que les mêmes principes s’appliquent à tous. Et à cette condition il peut y avoir une mise en concurrence et notre grande expérience est une force considérable.

Je défends l’idée d’un socle minimum d’action sociale imposé à tous les établissements qui couvrirait la majeure partie des besoins. Ensuite,  rien n’empêcherait qu’en complément de ce socle minimum, un établissement, un groupe d’établissements voire même un territoire puisse avoir des demandes spécifiques de prestations ou d’actions. Les caractéristiques sociologiques ou économiques sur les problèmes de logement, de transport… doivent être prises en compte et sont différentes d’une région à l’autre. Nous devons donc envisager des réponses spécifiques ou locales selon les situations ou demandes.

C’est ce qu’on pourrait qualifier de « bouquets de services » sur lesquels il pourrait y avoir des mises en concurrence. Un autre organisme, que celui retenu pour le socle minimum, pourrait être présent dans l’établissement en tant que prestataire d’un service sur des actions que mène l’établissement lui-même et qui ne serait pas inclus dans le socle minimum.

Donc une action sociale à plusieurs niveaux : un socle minimum suffisamment vaste qui ne remet pas en cause ce qui est servi aujourd’hui et des bouquets de services en fonction de besoins spécifiques ou ponctuels.

 Ce n’est donc pas le principe de la concurrence contre lequel nous luttons mais bien pour un principe d’égalité.

 Serez-vous dans cette perspective de changement de paradigmes, le président de la refondation du C.G.O.S ?

La réponse appartient aux membres du Conseil d’administration du C.G.O.S. S’ils continuent à me faire confiance oui je pourrais l’être, reste à définir ce qu’il y a derrière le mot de refondation. Le C.G.O.S a 60 ans et il est donc normal et nécessaire de continuer à adapter son fonctionnement et son organisation pour répondre davantage et mieux aux besoins des hospitaliers et des établissements ou ils travaillent. Il faut intégrer de façon dynamique l’environnement institutionnel et juridique dans lequel il évolue. Faire de la veille constante et ne pas s’endormir sur ses lauriers.
J’œuvrerais pour que le C.G.O.S qui est le prestataire historique de l’action sociale des hospitaliers puisse non seulement conserver sa place de premier acteur mais la développer et l’affirmer davantage.

Le paysage de l’hôpital change avec les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) et oblige le C.G.O.S à se positionner comme un prestataire de services

Ce n’est pas parce qu’il y a des GHT que le C.G.O.S devient prestataire de services. Prestataire il l’a toujours été à destination des agents. Certains l’ont peut-être oublié !
Nous sommes un prestataire de services car nous percevons des contributions de la part des établissements et contre lesquelles nous servons des prestations. GHT ou pas cela ne change rien. Ce qui peut modifier la donne c’est la définition que les pouvoirs publics pourraient donner demain de l’action sociale. Définition qui pourrait remettre en cause certaines prestations de services que nous avons historiquement l’habitude de gérer. C’est pour cela que nous souhaitons que le C.G.O.S en tant qu’entité depuis 60 ans, qui a une expertise sur le sujet, soit entendu dans la définition de ce que pourrait être l’action sociale de demain.

Comment conserver la position de 1er prestataire de l’action sociale ?

On a déjà aujourd’hui un concurrent qui intervient auprès d’agents territoriaux. Il a obtenu l’agrément et tente d’agir dans le monde hospitalier. Nous avons demandé le retrait de l’agrément qui lui a été accordé non pas parce qu’il nous fait peur  mais parce que les facilités qui lui ont été accordées et dont ne bénéficie pas le C.G.O.S ne sont pas conformes à la loi.
Rien ne pourra empêcher d’autres organismes demain de venir dans le secteur hospitalier car il n’est pas inscrit dans la loi que seul le C.G.O.S a le droit d’agir dans ce secteur. Mais force est de constater que peu s’y précipitent. D’abord parce que le sujet est complexe mais surtout parce que le C.G.O.S a un ancrage très fort dans le monde hospitalier.

Les 60 ans que nous fêteront cette année montreront que le C.G.O.S a su a des moments clés s’adapter aux évolutions de la société. Cette éventuelle ouverture à des concurrents ne doit pas nous faire peur mais nous rendre encore plus vigilants. Nous devons être en capacité de comprendre les attentes des établissements adhérant et des agents qui y travaillent. La mise œuvre des actions collectives que nous avons inaugurées en 2019 va dans le bon sens car cela répond à des demandes d’établissements. C’est une des réponses à l’action sociale de demain.

 Quels impacts pourraient avoir pour le C.G.O.S la fusion des trois fonctions publiques inscrite dans la loi du 6 août 2019?

C’est difficile à dire aujourd’hui. D’abord cela prendra un peu de temps et de fait il n’y aura pas de bouleversements majeurs même si nous devons rester très vigilants pour ne pas voir nos acquis détricotés avec un nivellement par le bas. Notre modèle d’action sociale est scruté à la loupe par les autres fonctions publiques.
C’est donc de la grande prudence qu’il convient d’avoir. 
Dans les moments difficiles de notre histoire toute les composantes ont su se rassembler et se mettre d’accord sur l’essentiel pour défendre ce bel outil qu’est le C.G.O.S. Ce qui démontre bien qu’un paritarisme de qualité respectueux des différences ça fonctionne.

 Dans quelle direction souhaitez-vous personnellement emmener le C.G.O.S ?

 Nous attendrons notre assemblée générale annuelle pour le définir précisément. Ce qui est certain c’est que nous devrons écouter mieux et davantage les agents et les établissements qui sont nos contributeurs pour être en capacité de répondre encore davantage aux besoins qui sont les leurs. Nous avons une grande marge de progression devant nous. Globalement les enquêtes indiquent que les agents sont plutôt satisfaits mais il ne faudrait pas passer à côté de sujets sociétaux majeurs et donc pour ça cela il faut écouter. Nos délégations régionales doivent être davantage présentes dans les établissements et pourquoi ne pas endosser le costume du « VRP » du C.G.O.S pour prendre la température et remonter les propositions mais aussi expliquer ce qu’on fait. Nos établissements adhérant manquent parfois de visibilité sur qui nous sommes et ce que nous faisons. Ceux qui bénéficient du C.G.O.S peuvent vous expliquer rapidement ce que peut leur apporter le C.G.O.S mais je ne suis pas sûr qu’ils aient du C.G.O.S une vue globale.

 Il faut aussi doper notre communication car nous vivons dans l’ère de l’immédiateté, de l’information intrusive au travers des réseaux sociaux notamment. Il faut utiliser encore plus les médias existants et en expérimenter des nouveaux pour parler du C.G.O.S, faire parler et comprendre ce qu’on attend de nous. C’e sont de gros chantiers que nous aurons à mener et dans lesquels les salariés du C.G.O.S auront toute leur place.

 Quel est le programme des réjouissances pour les 60 ans du C.G.O.S ?

 On va le fêter sur le plan national et en région. En profiter pour parler du C.G.O.S, de son action mais également des projets actuels et à venir. Le C.G.O.S, s’il est encore là, c’est qu’il a joué son rôle et accomplit la mission qui lui a été dévolue en 1960. Il a collé aux besoins de chaque époque de la société française. Ce sera aussi l’occasion de démontrer que notre expertise est acquise.
Nous soutiendrons des actions de rassemblements festifs fortes en invitant massivement les agents hospitaliers. L’année 2020 sera aussi l’occasion de communiquer plus encore auprès des hospitaliers et des responsables d’établissements en les associant. Nous voulons aussi constituer un comité d’orientation constitué de personnalités fortes, expertes dans leurs domaines respectifs issues du monde hospitalier et de l’action sociale mais pas nécessairement issus du C.G.O.S  pour nous accompagner à construire le C.G.O.S de demain.
Ce comité devra aussi influer vers les relais d’opinion, partenaires, médias spécialisés mais surtout vers les pouvoirs publics. Je militerai pour que le C.G.O.S soit partie prenante dans le débat sur l’action sociale de demain.

Traçons un avenir pour les 5 à 10 ans à venir. Nous sommes là, nous serons toujours là aux cotés des hospitaliers. Nous sommes armés pour affronter les nouveaux défis et nous nous armerons davantage pour les relever et les gagner. Faire face à une concurrence loyale qui sera une émulation

Les 60 ans seront donc festifs, créatifs et politiques

Mon message est : « Nous étions là il y a 60 ans et nous serons là dans 60 ans »

Propos recueillis par Brahim Benamar

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